L’Association Petits Princes réalise les rêves d’enfants et adolescents malades atteints de cancers, leucémies et certaines maladies génétiques lourdes, invasives, chroniques, depuis 1987. L’objectif, puissamment humaniste, est d’une simplicité – pourrions-nous dire – enfantine : en vivant ses passions et en réalisant ses rêves, l’enfant trouve une énergie supplémentaire pour se battre contre la maladie. Fort de ce constat et de cette volonté d’accompagnement, l’Association a établi des partenariats avec plus de 150 services hospitaliers : éducateurs, infirmiers, psychologues se trouvent ainsi en mesure de proposer à ces petits princes affectés, un peu de rêve, de poésie et de soutien en acte, en écrivant une simple lettre enclenchant le processus. Cet accompagnement est proposé tout au long de la maladie ; en fonction des traitements et hospitalisations de l’enfant, les bénévoles de l’Association peuvent en effet organiser plusieurs rêves autour de passions salvatrices. En près de 30 ans d’activités, c’est près de 8000 rêves qui se sont vu exaucés. ADD Associés a très vite souhaité participer à cette formidable entreprise. Cela fait maintenant plus de dix ans que ce mécénat, qui porte sens et valeur, existe. Matthieu Jeanningros, notre interlocuteur privilégié au sein de l’Association Petits Princes, Directeur de la communication et des partenariats, a accepté de répondre, avec l’humilité qui le caractérise, à nos questions.

Pourriez-vous commencer par nous parler de l’Association, son fonctionnement, ses coulisses ?

L’Association Petits Princes, c’est environ 500 rêves réalisés par an. C’est 20 permanents et 105 bénévoles qui viennent deux à trois jours par semaine, c’est-à-dire mus par un investissement exigeant ! Ces bénévoles sont âgés de 30 à 70 ans, et sont rarement des gens qui ont été touchés par la maladie, ce sont donc vraiment de purs dons de soi… Ces bénévoles sont fondamentaux : lorsque l’enfant envoie un courrier, on va vérifier bien sûr que l’on peut accepter la requête, cela se fait selon trois critères : il faut avoir entre 3 et 18 ans, souffrir d’une pathologie lourde et être en mesure d’exprimer son rêve. Une fois le rêve accepté, c’est un bénévole qui le prend en charge : il va alors discuter avec les parents et avec l’enfant pour cerner sa personnalité et adapter le plus finement possiblement la réalisation du rêve. Il faut environ trois mois, en moyenne, pour qu’il ait lieu – même si certains sont plus difficiles que d’autres à organiser et peuvent prendre jusqu’à un an… Nous avons aussi toute une série de partenaires qui nous accueillent et acceptent de nous aider : en 32 ans d’existence, on finit par avoir quelques contacts généreux et aidant : ces partenaires ce sont aussi notre force.

Pourriez-vous nous expliquer en quoi consistent ces « rêves » ?

Lorsqu’un enfant tombe malade, c’est un univers qui bascule. Il va traverser plusieurs mois, années, difficiles et notre profonde conviction c’est qu’un enfant qui se projette dans l’avenir a davantage de chances de rémission. Ils ont tout d’un coup un point de mire et dans de telles circonstances la projection est très vertueuse : l’enfant devient acteur de ses soins. L’autre basculement c’est celui de l’entourage : souvent un des deux parents arrête de travailler et cela peut occasionner des problèmes financiers, ce qui réduit aussi les possibilités d’évasion ; le quotidien devient moins facile encore. Donc nous avons souhaité que toute la fratrie soit associée. Concrètement, le jour J on essaye que toute la famille soit présente. Cette situation est positive pour tout le monde : parfois, un frère, une sœur, est un peu partagé par la situation ; il est à la fois affecté par la maladie de son petit frère ou de sa petite sœur mais est aussi traversé par une certaine colère de se voir confisqué des moments plus légers, ou de se penser moins important dans le souci quotidien de ses parents. Cette scène où nous exauçons un rêve vient aussi apporter de la douceur pour tous. Tout le monde est embarqué ! On essaye que ce soit le plus magique possible : nous n’indiquons d’ailleurs pas tout le programme pour éviter les déceptions, notamment avec les personnalités qui pourraient au dernier moment ne pas venir…

Notre profonde conviction c’est qu’un enfant qui se projette dans l’avenir a davantage de chances de rémission.

Vous êtes depuis 20 ans en charge de la partie stratégie entreprises partenaires, pourriez-vous nous en parler un peu ?

Pour exaucer tous ces rêves, nous avons besoin de ressources. Nous sommes reconnus d’utilité publique mais ne disposons d’aucune aide publique. Sur l’ensemble de la collecte : 60% provient du monde de l’entreprise et 40% émane de donateurs particuliers. Nous développons donc des partenariats et des opérations avec certaines entreprises. ADD nous accueille par exemple, chaque année, sur son stand au Congrès des Notaires ; cela accroit notre visibilité et permet, outre l’apport financier direct, d’initier d’autres contacts de mécénats. Pour nous autres, associations, c’est important d’avoir ces espaces de discussion avec des mondes professionnels qui ne sont pas éloignés de nous. En cas, par exemple, de volonté de legs ou de donations, certains parents peuvent manifester le souhait de la philanthropie : il est donc important que les notaires puissent suggérer cette possibilité de participer à un projet visant à embellir la vie d’enfants malades. Nous participons aussi à « la course des héros » chaque année ; ADD la connait ! Chacun peut enfiler son maillot pour cet évènement à l’esprit très familial. Cela se passe fin juin, dans plusieurs villes : chaque participant signifie, par le biais des réseaux sociaux, qu’il va courir pour l’Association et c’est 250 euros de reversé : C’est un moyen d’aider en faisant du sport !

Je revois encore l’image de cette petite fille qui avait été déposée en hélicoptère avec Haroun Tazieff sur l’Etna !

Peut-être pourriez-vous, avec le recul qui est le vôtre, nous mentionner un rêve qui vous a particulièrement touché ?

Oui, bien sûr. Après, il y en a tant, le choix est difficile ! Ils sont tous magnifiques, mais en effet certains m’ont marqué tout particulièrement. Déjà, il faut avoir en tête qu’un enfant gravement malade formule souvent des choses assez simples, accessibles, et l’on peut comprendre pourquoi. Beaucoup de formulations concernent donc des désirs très quotidiens, et très beaux en soi car cela montre aussi ce que la maladie dérobe, et ce qu’elle crée en même temps. Le premier qui me vient : c’était le rêve d’un petit garçon de 3 ans qui voulait conduire un camion-poubelle ; un autre, aussi touchant que drôle : manger une pizza jambon-fromage sans champignon avec Donald ! Je pense aussi à cette petite princesse qui rêvait de nager avec une sirène, on a fait appel à la fédération et demandé le concours de la championne du monde de Mermaid… Après, je me rappelle bien sûr de celui qui m’a accroché à la cause : c’était il y a 20 ans et je n’ai plus quitté l’Association depuis. Je revois encore l’image de cette petite fille qui avait été déposée en hélicoptère avec Haroun Tazieff sur l’Etna ! Imaginez un peu l’émotion… Cette année, nous allons dépasser le 8000e rêve ! c’est symboliquement fort ; mais surtout : il faut espérer un jour fêter le double.

(pour soutenir l’action de Petits princes : https://www.petitsprinces.com/)