Depuis 1792, les actes de naissance, mariage et décès sont consignés dans les registres d’état civil tenus par les mairies. Afin d’éviter la perte de ces précieuses informations, un second exemplaire se trouve, traditionnellement, déposé au greffe du TGI, puis reversé aux archives départementales qui conservent également les registres paroissiaux. Par souci de conservation et d’accessibilité, la numérisation de ces données s’est vite imposée comme nécessaire. Mais le geste, quoique de plus en plus courant, reste facultatif, et quelques mairies irréductibles ou contraintes restent en dehors de la voie de l’informatisation.

Un dispositif dit « Comedec » (Communication électronique des données de l’état civil), dont le déploiement a été généralisé depuis le 1er janvier 2014, constitue le premier pas vers un service de l’état civil unique, modernisé, sécurisé et simplifié. Un projet qui, en soi, ne date pas d’hier… En effet, depuis la fin du XIXe siècle, beaucoup de travaux ont été réalisés pour rendre les archives accessibles : elles ont été classées et des instruments de recherche de plus en plus fins et détaillés ont été créés.

Depuis la fin du XIXe siècle, beaucoup de travaux ont été réalisés pour rendre les archives accessibles.

Les indexations ont notamment fait leur entrée. Ici collaboratives – lancées par des services d’archives ou des entreprises comme Geneanet -, là « massives » – faites par des entreprises comme Filae – : ces indexations jouent un rôle de facilitateur. Elles permettent notamment d’accéder directement aux images des archives. Véritable porte d’entrée virtuelle, ces indexations des registres paroissiaux et d’état civil permettent aussi à un vent de démocratisation de souffler ; la diversification des relevés donne par exemple de nouveaux points d’entrée dans l’histoire familiale : recensements, relevés des registres militaires, les sources ouvertes amènent une richesse réelle, à simple portée de clic.

Ces ouvertures, pourtant, ne sont pas sans soulever de débats. Il faut dire que l’objet est à fort enjeu : « objets de patrimoine, les archives sont aussi objets de gouvernement », ainsi débute le rapport intitulé « Une stratégie nationale pour la collecte et l’accès aux archives publiques à l’ère numérique », rendu en mars 2017. De la conservation des preuves de l’État de droit, à l’égal accès pour tous de nos propres données : on voit combien l’enjeu est large, et combien une telle révolution peut diviser. Le Président de la Fédération Française de Généalogie, exposait ainsi, il y a peu encore, dans un entretien accordé à la Revue française de Généalogie, une vision du monde résolument classique de la généalogie : « chacun son rôle, chacun sa place. Les Archives collectent, classent, conservent et communiquent, les associations fédèrent le travail des généalogistes et le diffusent. Je suis contre la diffusion par les services public d’archives, de bases de données de types relevés ou dépouillements ».

Numérisation, indexation, dématérialisation sont aujourd’hui des outils indispensables.

Pourtant, numérisation, indexation, dématérialisation sont aujourd’hui des outils indispensables. La généralisation de l’administration électronique, le développement d’Internet et des réseaux sociaux, la montée en puissance de la réglementation européenne sur l’open data et les données à caractère personnel, sont venus modifier nos vies, nos usages, nos besoins ; il est difficile d’en freiner la course. Antoine Djikpa – Président des Généalogistes de France, et nommé, depuis mai 2019, personnalité qualifiée au Conseil supérieur des Archives – fait partie de ceux qui n’ont cessé de défendre ces nécessités d’adaptations. Il demeure encore une foultitude de données qui ne demandent qu’à être déconfinées. Des garde-fous sont évidemment indispensables – les consultations doivent notamment être encadrées, réservées aux professionnels habilités et soumis à un code déontologique à même de garantir la confidentialité des informations consultées – mais l’avancée l’est tout autant.

Cette originalité, ce pas d’avance, c’est toute la modernité d’ADD qui, avec son Tableau Généalogique Dématérialisé, épouse avec efficacité et humilité l’époque, ses atouts, ses nécessités… Le confinement a en tout cas démontré que seule cette généalogie-là était résiliente et adaptée.