La création d’internet puis la généralisation de son utilisation a fait l’effet d’une véritable révolution. C’est une société entièrement nouvelle qui s’est mise en place sous nos yeux : la société en réseaux. Désormais, les valeurs de liberté individuelle et de communication sans entrave sont devenues essentielles. Tant et tant que « le cyberespace est devenu une agora électronique planétaire où, dans toute sa diversité, l’insatisfaction humaine explose en une véritable cacophonie », comme l’indique Manuell Castells, l’un de ses plus grands spécialistes, dans son ouvrage La galaxie internet.

Cacophonie en effet, car l’absence d’autorité sur ce nouvel outil d’expression permet à tout individu de profiter de cet espace : dire son vécu, dire ses rencontres, dire son amertume. Dire, y compris au risque du mensonge… Cette capacité à exprimer tout et son inverse, sans régulation aucune, constitue la musique d’ambiance d’internet : sa vertu mais également son vice. Car ces bruits de fond sont aussi ceux qui, possiblement, alimentent une rumeur.

Ce climat est devenu si général qu’en 2016, un mot savant s’est imposé : la « post-vérité » !

Les fake news, ces informations fausses ou truquées qui participent de tentatives de désinformation, par ailleurs, prolifèrent. Et ce climat est devenu si général qu’en 2016, un mot savant s’est imposé : la « post-vérité ». Ce néologisme – montrant combien nous sommes en peine de rappeler ce qui est vrai dans l’immensité des informations qui y prétendent – a même été désigné mot de l’année par le très sérieux Oxford dictionary !

Rumeur, fake news, post-vérité : quoi et qui croire ? Il y a de quoi en perdre son latin… Dans cet océan des pages web, une hiérarchisation a bien été tentée, par la mise en place d’algorithmes démocratiques censés donner plus de visibilité aux pages les plus commentées. Mais l’organisation des contenus du réseau par les moteurs de recherche s’approche aujourd’hui surtout des logiques de l’audimat. Autrement dit : Une information beaucoup relayée devient une information vraie. Mais la précision, l’honnêteté ou la justesse sont, eux, congédiés.

Une information beaucoup relayée devient une information vraie…

Pire encore : dans ses facettes les plus obscures, internet devient un lieu où la diffamation, l’injure et le dénigrement, sont aussi de plus en plus répandus. C’est malheureux mais c’est ainsi, et le milieu de la généalogie n’y fait pas exception : régulièrement, nous devons faire face à des anonymes, souhaitant ici suggérer des allégations portant atteinte à l’honneur ou à la considération de notre corps constitué, ou diffusant là des expressions de mépris vis-à-vis de notre métier et ne renfermant l’imputation d’aucun fait précis. La « cacophonie » d’internet…

Tout cela est fort heureusement réprimé. Mais sans doute, cher lecteur, devriez-vous entrer davantage en vigilance : vérifiez vos lectures, croisez vos informations, demandez aux vrais spécialistes. Et n’oubliez pas : les contre-vérités, même punies par la loi, restent sournoises dans leurs effets, car comme disait Voltaire dans sa lettre à Thiriot du 21 octobre 1736 : « médisez, médisez, il en restera toujours quelque chose ». Drôlerie s’il en est, cette citation est, sur le web – je vous invite à regarder – également attribuée à Francis Bacon et à la Marquise de Sévigné…