Le généalogiste successoral doit composer avec des imprévus et des difficultés qui sortent de l’ordinaire. Comme par exemple achever au Québec une succession débutée en Auvergne ! C’est le dossier dont nous parle François-Xavier ECHEL, collaborateur chez ADD Associés depuis bientôt 22 ans et qui dirige aujourd’hui la succursale de Clermont-Ferrand.

Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle chez ADD Associés ?
Je me nomme François-Xavier ECHEL, je travaille chez ADD Associés depuis bientôt 22 ans. J’ai commencé comme chercheur pendant deux ans à Paris, puis j’ai eu l’opportunité de revenir dans ma région d’origine, l’Auvergne, pour prendre la direction de la succursale de Clermont-Ferrand, que je dirige depuis une vingtaine d’années. Le règlement occupe aujourd’hui l’essentiel de mon temps.

Quel dossier voulez-vous nous présenter ?
Il y en aurait beaucoup, forcément, mais celui auquel je pense résume bien certains aspects de notre profession… Il y a de nombreuses années, je suis contacté par un notaire de Haute-Loire, du côté de La Chaise-Dieu. Ce notaire me demande de faire une vérification de dévolution successorale après le décès d’une dame, une « vieille fille » morte dans un petit village. Le notaire me donne de nombreuses pièces, avec de nombreux héritiers qui paraissaient assez éloignés, ce qui nécessitait effectivement une vérification car nous n’étions pas à l’abri d’une surprise, avec un héritier plus proche, par exemple. De mémoire, il y avait des héritiers au 4e degré dans une ligne, et au 6e dans l’autre. Je donne tous ces éléments à mon collaborateur, sachant que j’en ai déjà assez pour établir une généalogie, disons ce que j’appelle un « arbre sans feuille ».

Il se trouve que dans la Haute-Loire, un département assez pieux, rural, les familles étaient souvent très nombreuses.

C’est-à-dire qu’il faut compléter l’arbre…
Oui ! Donc je commence le travail et dans la ligne paternelle je retrouve les héritiers au 4e degré qui m’avaient été annoncés, sans difficulté ni surprise particulière. Dans la ligne maternelle, je me retrouve à remonter aux arrière-grands-parents de la défunte, le fameux 6e degré. Or il se trouve que dans la Haute-Loire, un département assez pieux, rural, les familles étaient souvent très nombreuses. Donc je retrouve des grands-oncles et grandes-tantes en grands nombres. Parmi eux, des gens me ramenaient à ceux que m’avait indiqués le notaire. Très bien. Mais aussi, et c’est le problème, un grand-oncle dont je ne retrouvais plus la trace ! Je le voyais bien naître en Haute-Loire, comme ses frères et sœurs, mais ensuite je ne le retrouvais pas. Pas de mariage, pas de registre militaire, rien.

On se dirige dans une impasse…
Un peu. Je retrouve la déclaration de succession des grands-parents, et il n’y apparaît pas. Il peut arriver que l’on « perde » des gens comme cela, par exemple décédés en bas âge. Mais dans ce cas, c’est souvent sur le lieu de naissance, donc on finit par les retrouver. Or je ne trouve aucun décès de cette personne. Et là, je finis par obtenir un document, qui me laisse penser qu’il est peut-être parti au Canada… A l’époque, il n’y avait pas de service International chez ADD. Donc je lance mes recherches avec le nom de famille, qui apparaît dans des annuaires au Québec. En quelque sorte, je travaille à l’envers. Je trouve une dizaine de noms qui peuvent correspondre à sa descendance, sachant qu’on parle de quelqu’un né dans les années 1880 ! Donc c’est parti : je fais attention au décalage horaire, et j’appelle les gens…

Il faut se frotter à l’accent canadien !
Tout à fait. On se comprend sans toujours bien se comprendre, mais ça passe ! « J’épuise » deux ou trois personnes sans succès, et je tombe sur une quatrième qui semble plus réceptive : « oui, nous avons des racines en France mais il faudrait appeler mon cousin, il en sait beaucoup plus car il a fait des recherches de son côté ». J’appelle le cousin, un accent à couper au couteau ! Adorable, mais difficile à comprendre… Je lui explique mon affaire, que c’est une recherche qui a lieu en Auvergne. Et là il m’arrête et me demande d’où je suis. « De Clermont-Ferrand ». Il me répond : « mais je connais très bien Clermont-Ferrand ! » Stupeur (ce ne sont pas tous les Québécois qui connaissent l’Auvergne) et victoire : son grand-père était effectivement la personne que je recherchais ! J’ai pu ensuite, grâce aux éléments qu’il m’a fournis et aux actes que nous avons demandés, faire « matcher » la généalogie. Et le cousin de me raconter sa vie, en m’expliquant qu’il est trappeur (véridique !), qu’il chasse le castor et que par ailleurs, toute sa famille française habite à La Chaise-Dieu !

Et le cousin de me raconter sa vie en m’expliquant qu’il est trappeur et que par ailleurs, toute sa famille française habite à La Chaise-Dieu !

Mais si c’est le cas, comment ne l’a-t-on pas retrouvé plus tôt ?
Le fait est qu’au bout d’un moment, il comprend pourquoi je l’appelle : sa cousine décédée. Et je sens un froid. De fait, l’homme est très vexé de ne pas avoir été prévenu car quelques années plus tôt il avait lui-même reconstitué sa généalogie en partant du Canada, s’était déplacé en Haute-Loire et avait trouvé sa famille ! Or personne des gens connus du notaire n’avait signalé son existence. On ne sait jamais vraiment pourquoi, mais cela arrive. De mauvaise foi peut-être, mais pas forcément. Quoi qu’il en soit, l’histoire met bien en lumière l’intérêt de nous faire intervenir pour ce type de vérification. Car sans nous, ce Canadien trappeur n’existait pas ! Par ailleurs, vexé, il a préféré renoncer à la succession. Sans doute que ses cousins français ne lui ont pas laissé un souvenir extraordinaire…