Le généalogiste successoral est parfois le témoin et le révélateur involontaire de secrets de famille.

Tel est le cas de la succession de Claude C., décédé à la cinquantaine sans enfant. N’ayant pas pris le soin de désigner sa concubine comme légataire universel, le notaire en charge de la succession mandate alors ADD ■ Associés pour trouver les héritiers du sang de Claude C.

Après une enquête minutieuse, nous retrouvons la trace de sa mère et de sa demi-sœur. Nous nous empressons alors de prendre contact. En prenant les précautions d’usage, nous informons la mère du décès de son fils. Mutisme au bout du fil. La réaction peut paraître curieuse mais existe-t-il une manière universelle, a fortiori normale, de réagir à l’annonce de la perte de son fils ? Ce qui est plus étonnant, c’est le coup de téléphone que nous recevons quelques instants plus tard. C’est la demi-sœur du défunt. Elle nous tance vertement et nous reproche de jouer avec les nerfs d’une vieille dame, car Claude C. est décédé… il y a 50 ans ! Elle argue alors une erreur de notre part. N’aurions-nous pas confondu avec un homonyme ?

Mais, point d’erreur de notre part. En revanche, l’histoire de Claude C. est singulière.

Sa mère a été hospitalisée pour un grave problème de santé alors que Claude C. est en bas âge. Durant son hospitalisation, l’enfant est laissé aux bons soins de son grand-père maternel. À la sortie de l’hôpital, c’est le drame : la mère apprend par son père le décès de son fils. La jeune femme coupe alors les ponts avec sa famille et refait sa vie. Sans savoir qu’en réalité, Claude C. est toujours vivant. Il est élevé par son grand-père maternel qui lui fait croire toute sa vie que sa mère, fille-mère de petite vertu, l’avait abandonné.

Pendant 50 ans, mère et fils ont vécu dans deux villes limitrophes de la région parisienne, sur la même ligne du RER. Peut-être, dans une rame les menant à Paris, s’étaient-ils croisés sans le savoir ?