Les nouvelles technologies révolutionnent la généalogie. Tout du moins dans les pays anglo-saxons. Car, en France, et plus largement en Europe continentale, l’innovation est au point mort. Le marché de la “family industry” nous échappe. Il est urgent d’accélérer pour ne pas se laisser distancer.

Des noms, des dates, des métiers et quelques photographies s’étalent sur une grande feuille de papier. Génération après génération, une lignée est minutieusement reconstituée. C’est le principe de tout arbre généalogique. Mais aujourd’hui, ce dernier prend un nouveau visage avec l’essor des nouvelles technologies.

Aux États-Unis, l’arbre généalogique de demain se dessine dès à présent. Il ne trône plus au-dessus d’une cheminée comme jadis. Interactif, il est consultable depuis un ordinateur. Il est agrémenté de photos, de vidéos, de comptes Facebook, de témoignages familiaux, de carnets de notes, etc. L’immortalité numérique est dorénavant à portée de tous.

Les incroyables (mais vrais) débouchés de la généalogie

Hier, simple outil de mémoire familiale, l’arbre généalogique pourrait devenir la source de toutes sortes d’exploitations, y compris les plus inattendues comme la prévention médicale par l’alliance de la génétique et de la généalogie ! De nombreuses sociétés (Ancestry, 23andMe, Family Tree DNA…) exploitent déjà le filon de l’ADN, outre-Manche et outre-Atlantique (c’est interdit en France), pour déterminer les origines de ceux qui en font la demandent et en payent le prix. Plus encore, elles proposent de comparer son patrimoine génétique à celui d’autres personnes ayant réalisé le test ADN. Évidemment, cela soulève de nombreuses questions éthiques et interroge sur les potentielles dérives. Mais, il faut reconnaître que, grâce à une législation favorable, de nombreuses entreprises étrangères sont en train de prendre une longueur d’avance et de s’accaparer, inéluctablement, les parts d’un marché qui se chiffre déjà à plusieurs milliards de dollars. De son côté, l’Europe continentale est en train de passer à côté des formidables opportunités offertes par la “family industry”. Et ce, pour des raisons aussi diverses que la multiplicité des langues, des lieux de conservation et des systèmes juridiques.

Imaginer une voie européenne offrant des garanties

D’une certaine façon, la généalogie est le miroir des richesses et des contradictions françaises. D’un côté, la France dispose d’un patrimoine archivistique unique au monde. De l’autre, le parcours de tout généalogiste tricolore est complexifié. Tout d’abord du fait de la multiplicité des lieux de conservation (archives nationales, départementales, communales, TGI, etc.), comme des institutions qui les administrent ou encadrent leurs activités (ministères, départements, communes, commission d’accès aux documents administratifs (Cada), Cnil…). Ensuite, selon le propriétaire des données, les procédures pour en disposer et l’usage qui peut en être fait sont différents. Ce qui est vrai pour le conseil général de tel département ne l’est pas pour celui du département limitrophe. Quand une métropole du Sud de la France interprète un avis de la Cada de telle façon, son homologue du Nord l’interprète autrement !

Simplifier les législations et unifier les interprétations des textes deviennent indispensables car, sans anticipation et harmonisation, l’Europe va se faire distancer, irrémédiablement. Ne craignons pas d’innover et d’accepter que des acteurs économiques valorisent le patrimoine de tous au bénéfice de tous et en gagnant de l’argent ! Il ne s’agit pas pour autant de fermer les yeux sur les possibles dérives et les problématiques de préservation des données personnelles. Un encadrement est forcément salutaire. L’exemple américain ne doit pas être copié-collé sans garanties. Il s’agit de se mettre autour d’une table pour inventer notre propre chemin. Une voie moderne, protégeant à la fois les libertés individuelles et la liberté d’entreprendre, efficace et éthique.

Antoine Djikpa, associé étude Généalogique ADD & Associés, Président de Généalogistes de France.